La Toile des AMAP N°170 – AMAP étudiantes & systèmes de paniers pour étudiants (1)

PénélopeSaviez-vous que, selon le site internet du MIRAMAP (1), on dénombrait en France, en 2015, plus de 2000 (deux mille) « groupes en AMAP » représentant quelque 250 000 amapiens? Cela doit représenter, en tout cas, des centaines de blogs ou sites comme le nôtre…

Je poursuis (ce n’est pas évident, en plein cœur de l’été) la publication de ma série d’articles entamée dans la Toile des AMAP N°169. Comme le titre l’indique, mon sujet d’étude a vocation à couvrir tant les AMAP que les autres « Systèmes de paniers » concernant un public étudiant. Je tâche de présenter quelques exemples choisis parmi les associations étudiantes qui m’avaient répondu au moment de mon enquête, l’an dernier (été 2019). Cette fois-ci, je les ai prises chez les Instituts d’Etudes Politiques (dits « Sciences Po »).

Il y a déjà 10 ans (5 février 2010), une première rencontre des « AMAP Campus », comme on disait alors, avait été organisée par le « réseau GRAPPE » en lien avec le REFEDD et avec « Fac Verte » (ce dernier mouvement a aujourd’hui disparu), et en avait réuni une dizaine (2). Même si ces pionnières n’existent souvent plus, le bilan de cette rencontre qui avait été rédigé contient des constats qui restent, eux, je pense, d’actualité en 2020 (j’y reviendrai en fin de billet). Mais les idées alors évoquées (faire en sorte que les AMAP étudiantes soient spécifiquement représentées comme un « groupe de travail » au sein du MIRAMAP ?) semblent être restées en chantier jusqu’à aujourd’hui.

Pour ma part, ayant trouvé trace d’une première AMAP à Sciences Po Paris, j’avais du coup été regarder ce que je trouvais chez la dizaine d’Instituts d’études politiques (« Sciences Po ») (3), et je les avais trouvés bien pourvus en associations proposant aux étudiants des paniers de légumes (même si toutes ne m’ont pas répondu l’an dernier). Rappelons que les informations ci-dessous sont essentiellement tirées des réponses à une petite enquête que j’avais menée à l’été 2019 (par envois de questionnaires ciblés, suivis de 2 relances maximum si je n’obtenais aucun retour). Toutes les associations identifiées ne m’ont pas répondu (4).

AMAP_SciencesPotirons

AMAP Sciences Potirons [ass. PAVéS] (75007 Paris), https://assopaves.wordpress.com/sciences-potirons/ et https://www.facebook.com/asso.paves/

Sciences Potirons se considère comme une véritable AMAP, dont les amapiens sont joliment qualifiés de « Potironneux ». A l’époque, sa Présidente aurait rêvé de fédérer d’autres associations étudiantes dans un réseau autonome qui puisse se consacrer au soutien des paysans. Mais différents points posaient problème, notamment la capacité (ou plutôt l’incapacité) des étudiants à effectuer des règlements par chèque.
Chiffres recueillis lors de l’enquête : 38 livraisons en 2018-2019. De 200 à 220 paniers chaque semaine. Cycle d’engagement de 6 semaines (demi-semestre).

Les_paniers_Bio-Logik_SciencesPoBordeauxLes paniers Bio-Logik [ass. Echo’logik] (Sciences Po Bordeaux, 33600 Pessac), https://www.facebook.com/paniersbiologiks/ et https://www.facebook.com/echologik.scpobx/ et https://www.instagram.com/echologikscpobx/

« Le pôle « Paniers » a été créé l’année dernière, donc par le bureau précédent [de l’association, en 2017-2018]. Le but de la création de ce pôle est de proposer des légumes (et quelquefois des fruits) frais, de saison et bio aux étudiants de Sciences Po Bordeaux. Ils proviennent d’un chantier de réinsertion se situant en Dordogne. Cette démarche s’inscrit dans la volonté d’Echo’logik de sensibiliser les étudiants aux thématiques du développement durable, en particulier le volet « environnement », sans négliger les autres piliers ».
Chiffres recueillis lors de l’enquête : une vingtaine de livraisons dans l’année (sans engagement de l’étudiant sur la durée, mais commande au coup par coup). Utilisation du site Helloasso pour les commandes et leur règlement. En début d’année, nombre de paniers commandés dans la fourchette 51-75, pour baisser à moins de 25 en fin d’année (influence des périodes de révisions d’examens).

Paniers_de_Gaia_SciencesPoToulouseLes paniers de Gaïa (Sciences Po Toulouse, 31000), https://gaiasciencespotoulouse.wordpress.com/home/ et https://www.facebook.com/GaiaSciencesPoToulouse/ et https://www.facebook.com/RecettesDesPaniersDeLegumeGaia/

La référente « paniers » de l’association Gaïa avait tenu à me préciser : « nous ne sommes pas une AMAP à proprement parler, nous nous faisons livrer des paniers déjà tous prêts par l’organisme «Un Gout d’ici» basé à Toulouse. Ils nous font depuis quelques années des réductions (paniers spéciaux étudiants, au prix de 5€, qui ne sont pas commercialisés par ailleurs) ».
Chiffres recueillis lors de l’enquête : de 150 paniers en début d’année à 40 en fin d’année 2018-2019. Les paniers sont commandés d’une semaine sur l’autre. L’association, qui « faisait crédit » à certains étudiants, a parfois subi des pertes lorsque ceux-ci ne sont pas venus prendre les paniers commandés.

LesChtisPaniersBio_SciencesPoLilleLes Ch’tis paniers bio [ass. La Ruche] (Sciences Po Lille, 59000), https://www.facebook.com/leschtispaniersbio/ et https://laruchesciencespolille.wordpress.com/category/jardins-de-liep/

Parmi les réponses, j’ai relevé la « difficulté à recruter des individus masculins dans l’association et dans son bureau, l’association reste à ce jour exclusivement féminine. Nous réfléchissons pour le prochain bureau à des solutions pour éviter cette situation. Nous cherchons aussi le plus possible à limiter le gâchis alimentaire, en faisant appel à une association lilloise, les Poubelles en (N)Or(d) pour qu’ils récupèrent les paniers que les étudiants ne sont pas venus chercher ».
Chiffres recueillis lors de l’enquête : 20 livraisons dans l’année, 10 pour chaque semestre (période d’engagement sur un semestre avec panier hebdomadaire). Nombre de paniers en moyenne dans la fourchette 126-150.  L’association permet des livraisons à l’Ecole Supérieure de Journalisme de Lille également.

Si ces associations qui portent des « systèmes de paniers » dans les différents IEP y sont encore citées sur leurs sites internet respectifs, il n’est pas évident qu’elles aient pu être très actives en 2019-2020, entre grève des transports (peut-être) et crise du Covid-19 (sûrement). Le public étudiant vient dans son établissement (Grande Ecole, Université ou autre) seulement pour autant qu’il y ait des cours, que l’on ne soit pas en période de vacances, que l’étudiant ne soit pas en stage (en entreprise ou autre). J’y reviendra probablement (sur ce sujet, je veux dire). Il est en tout cas certain en règle générale que les AMAP dont la plupart des membres ne sont plus étudiants (mais des « ménages » à des âges actifs ou retraités) bénéficient d’une stabilité sans commune mesure.

Je reviens sur la rencontre de février 2010 (2) et les problématiques qu’elle avait cernées (dans le cadre amapien). Quels étaient ces constats établis il y a déjà plus de 10 ans (voire même auparavant) ? On remarquera d’abord que les étudiants d’Universités, plutôt que de Grandes Ecoles, y apparaissaient représentés, contrairement à mes exemples du jour (où, d’ailleurs, l’AMAP n’est pas majoritaire).

La durée d’implication de chaque étudiant dans une association étudiante est en général limitée à une ou deux années (universitaires), compte tenu de la durée de chaque diplôme, des éventuelles périodes de stage, etc. Cela implique, ou nécessite, un renouvellement fréquent des membres, tant consom’acteurs que « responsables ».

L’année universitaire elle-même constitue un cadre temporel particulier : rentrée en septembre, organisation en semestres ponctués par les vacances scolaires, éventuellement période de stage selon les types ou les années d’études… Cela induit en règle générale des durées de contrats plus courtes.

D’autre part, en lien probablement avec ces besoins moins réguliers, mais aussi avec un pouvoir d’achat plus faible, les paiements se font plutôt au mois qu’à l’année (voire même, « hors cadre AMAP », « à la commande »). Le nombre de paniers connaît aussi une forte variabilité d’une association à l’autre (mes exemples montrent aussi des variations, en général à la baisse, entre le début et la fin de l’année universitaire). Il en ressort le besoin d’une grande souplesse chez les paysans pour s’adapter à ce public particulier. J’y reviendrai une autre fois, concernant le cas de l’Ile-de-France.

Même chez les étudiants, on peut retrouver le décalage entre une équipe pionnière motivée et militante, et la difficulté à amener l’étudiant à s’impliquer au-delà du simple achat de son panier (participation aux livraisons, relations avec le paysan, acquisition de connaissances pour prise de conscience des enjeux de l’agriculture paysanne, …). Certains peuvent même avoir du mal à venir simplement chercher leur panier. Et nous retombons sur les problématiques liées à la pérennité de l’activité d’une année universitaire sur l’autre.

Je mentionnerai juste pour mémoire divers paramètres sur lesquels je me réserve de revenir dans de prochaines chroniques: le problème des moyens de paiement (les étudiants n’ont pas l’habitude ou le besoin d’utiliser un chéquier et en sont rarement pourvus ?), qui risque d’amener l’association à collecter elle-même les fonds; l’envie de monter un projet « dès le départ » (motivation forte), ce qui implique que lorsque celui-ci sera « prêt à fonctionner », plusieurs mois auront déjà passés depuis la rentrée…; l’idée de faire subventionner les paniers pour que les étudiants puissent manger mieux et à moindre frais…

Bref, après cette logique par « type d’établissement » (qui laisse subsister sans réponse une autre interrogation: que deviennent ensuite, dans la « vraie vie », les anciens étudiants des Instituts d’Etudes Politiques [Sciences Po]?) (3), je pense que mon prochain article sera basé, lui, sur une logique davantage géographique.

 

(1) pour de plus longues listes: http://miramap.org/-Les-AMAP-.html (consulté le 29/05/2020).

(2) Rencontre nationale AMAP Campus – Paris – 5 février 2010

(3) Selon l’Article Institut d’Etudes Politiques de Wikipedia consulté le 14/07/2020, l’article 2 du décret du 18 décembre 1989 donne pour mission aux IEP : « 1° De contribuer, tant en formation initiale qu’en formation continue, à la formation des cadres supérieurs des secteurs public, parapublic et privé de la nation, et notamment des fonctions publiques de l’État et des collectivités territoriales ; 2° De développer, notamment en relation avec les établissements d’enseignement supérieur, la Fondation nationale des sciences politiques et le Centre national de la recherche scientifique, la recherche en sciences politiques et administratives. »

(4) Pas de réponse de l’ass. Volonterre à l’IEP de Lyon, ni du Bureau des Initiatives (BDI, pôle Ecologik) à l’IEP de Strasbourg.

Ta d loi du cine, membre de l’AMAP Réunion / Père Lachaise depuis 2010, présent sur la blogosphère depuis 2007.

Connaissant donc un peu le monde des blogs par ailleurs (et son fonctionnement en « réciprocité »), je vous demande de ne pas hésiter à « poster un commentaire » (si possible) en remerciement sous une recette ou un article qui vous a intéressé, sans oublier de mentionner le lien vers notre propre blog (éventuellement le lien de cet article-ci).

 

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