« Recyclage le grand enfumage » est arrivé dans le Circul’livres

Recyclage, le grand enfumage

Comment l’économie circulaire est devenue l’alibi du jetable. En juillet 2018, une célèbre chaîne de café annonçait qu’elle remplaçait ses milliards de pailles par un couvercle de gobelet en plastique « recyclable » muni d’un bec. Sauf que la marque oubliait de préciser qu’il n’existe pas de filière, ni de débouchés pour le polypropylène (PP) souple dont ce couvercle est constitué. Moins drôle, sous couvert de recyclage, le traitement de certains déchets plastiques, électroniques, ou textiles reste encore massivement délocalisé avec son lot de pollutions et de nuisances. En somme, le recyclage qui semble s’attaquer à deux problématiques environnementales majeures : la surconsommation des ressources et la surproduction de déchets, n’apporte en réalité qu’une réponse très partielle puisque les procédés utilisés ont des limites techniques importantes, sont fortement consommateurs de ressources et d’énergie, et ont des débouchés insuffisants. L’auteur préconise, donc, de ne pas se laisser abuser par le terme passe-partout de « recyclage », de réduire en priorité les consommations et les déchets à la source et de privilégier la réutilisation, le réemploi et la réparation. Essai, Flore Berlingen. 128 p., 2020.

Bonne lecture,

2 réflexions sur “« Recyclage le grand enfumage » est arrivé dans le Circul’livres

  1. J’ai terminé récemment ce très bon livre, qui démythifie clairement le « recyclage » que l’on nous vante aujourd’hui dans le cadre d’un « développement durable », en en pointant les limites (déjà évoquées dans le résumé ci-dessus). Communication axée sur le paiement d’une « taxe » aux organismes de recyclage matérialisée par un logo que le grand public confond avec « matériau recyclable », logo de recyclabilité portant sur un des composants d’un emballage, recyclabilité ne garantissant en aucun cas que le matériau sera effectivement recyclé… Limites physiques (les fibres du papier, par exemple, se dégradent à chaque fois, et le nombre de leurs recyclages est limité, avec passage de papier à carton, en tenant compte du raccourcissement des fibres, de l’éventuelle pollution par des encres minérales, etc.). Un volume important des métaux disparaît et ne peut être récupéré (alliages, usage de trop petites quantités pour que leur récupération soit économiquement envisageable…). Le verre devrait idéalement être trié par couleurs (créées à l’aide d’additifs…). Le cas du plastique est encore plus dramatique. Les industriels « s’évertuent » toujours avant tout… à inventer de nouveaux emballages à but marketing pour inciter à la croissance de la consommation, dans la pure logique du capitalisme (toujours davantage de profits financiers). Or, ces plastiques (de plus en plus sophistiqués : additifs pour les couleurs, multicouches, bouchons différents du contenants…), pour la plupart, ne disposent pas (et ne disposeront peut-être jamais !) de filières de recyclage. Lorsqu’elles existent, ces filières sont gérées par l’industrie elle-même, qui va raisonner en terme de « gisements de ressources » ( !) disponible pour atteindre une rentabilité financière, ce qui incitera, en amont, à consommer toujours davantage de « matière première » vierge au détriment de notre planète et au bénéfice (financier exclusivement) des industries pétrolières et chimiques. On pourrait rêver (c’est ce que fait l’Economie Sociale et Solidaire, ESS) de la réutilisation des objets de notre « société de consommation », de leur réparabilité, de la lutte contre l’obsolescence programmée, du développement de la consigne des contenants (ce qui impliquerait un minimum de standardisation de ceux-ci)… Ce n’est pas la position dominante de notre société, et les pouvoirs publics préfèrent donner des aides d’un montant de deux millions d’euros minimum pour des « projets » industriels plutôt que de soutenir pour un montant unitaire bien inférieur des ressourceries, du compostage en pied d’immeuble, des repair’ cafés… secteurs pour lesquels le besoin de soutien (ressources humaines, locaux…) se chiffrerait pourtant en milliards d’euros. C’est ce que l’on peut nommer des choix de sociétés. Précisons encore que les limites évoquées ci-dessus n’empêchent pas les entreprises de communiquer à grands sons de « trompe » (!) sur les merveilles qu’elles effectueront… dans quelques années (le temps que l’usager, ce gogo, oublie leurs anciennes promesses pour être séduit par les nouvelles) : plus de gobelets jetables, recyclage d’un type de contenant en plastique (représentant quelques pour-cent de la production de ladite entreprise). Et lorsque les pouvoirs publics tentent de durcir une règlementation au détriment des organismes mis en place par les industriels eux-mêmes, filière par filière, dans le cadre de la REP, il suffit aux lobbies de menacer de renoncer à gérer ladite filière pour triompher. Bref, le problème est plutôt le capitalisme et sa logique du « toujours plus de consommation pour maximiser les gains », en internalisant les profits financiers et en externalisant les coûts (notamment environnementaux). Et je suis très loin d’avoir tout dit ici. Lisez-le.

    • Merci pour ce commentaire très complet. Quand on aborde le sujet du recyclage aujourd’hui, on ne se contente plus d’échanger des conseils ou des bonnes pratiques. On a besoin de contexte et de comprendre combien il est urgent de changer de modèle. Les éditions Rue de l’Échiquier travaillent sérieusement dans ce sens.

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