La colère des aubergines – Récits gastronomiques
Les mets et les saveurs de la cuisine indienne au cœur du récit. Chacune des nouvelles débouche sur une ou plusieurs recettes, évoquées dans l’histoire qui précède : on découvre les saveurs du pickle de mangue, du chutney à la menthe, du curry d’aubergines au yaourt… On salive aux effluves de coriandre, de cumin et de curcuma. À chaque recette est associé un court récit qui dépeint la vie de femmes indiennes dans leur cercle familial. Par le biais de souvenirs d’enfance, de secrets de famille, de fêtes religieuses et de traditions séculaires sont évoqués, dans des épisodes plus ou moins marquants, les conflits, les joies, les combats et les tristesses qui caractérisent la vie de ces femmes. Les aspects modernes, propre au monde occidental, s’y mêlent intimement au poids des traditions et de la religion. De jeunes bonzes déambulent en baskets. Les femmes passent beaucoup de temps à la cuisine, servent leur mari avec zèle et échangent des recettes avec leurs voisines. L’auteure brosse avec humour et ironie la lutte de pouvoir qui sévit par le biais de la nourriture. Nouvelles, Bulbul Sharma, 200 p., 1997 (1999 pour la traduction française).
Bonne lecture,

J’ai été heureux de découvrir ce délectable recueil de nouvelles dans la bibliothèque partagée mise récemment en place en bas de chez moi, « récits gastronomiques traduits de l’anglais (Inde) par Dominique Vitalyos ». Wikipedia en français (consulté ce mercredi 23 avril 2025) ne dispose pas de fiche au nom de Bulbul Sharma (à quoi perdent-ils donc leur temps, les attachés de presse, chez la Maison d’édition Picquier, au lieu de renseigner Wikipedia?). Plus sérieusement, c’est à travers douze nouvelles que cet auteur nous fait découvrir toute une sociologie de la famille indienne traditionnelle. La temporalité est rarement précisée ou détectable dans ce livre publié en 1997, je ne saurais trop dire si nous sommes ici dans les années 1950, là dans les années 1980, ou parfois avant, ou après… Ces histoires de grand-mère qui surveille (veille sur) son cagibi aux épices et aux pickles; cette parente pauvre qui est baladée ici ou là au gré des besoins de sa famille élargie qui l’exploite, et qu’on empêche d’en sortir quand s’offrirait à elle la chance d’un mariage; ce chef de village polygame qui finit seul sa vie, nourri « à la becquée » par sa servante fidèle en l’absence de ses cinq épouses successives comme de sa descendance… La préparation de festins (de deuil, de mariage, de fête…). Le jeune apprenti-prêtre dont l’appétit réussit à satisfaire celle qui offre le banquet pour la divinité (et qui propose encore d’amener des amis pour l’année suivante!). Un pique-nique nocturne au bord d’un lac et les affres causés par sa préparation; un voyage en train qui traumatise le « pater familias »… Cela m’a rappelé l’ambiance du film La malle des Indes. Toutes les nouvelles sont marquées par de petites touches pittoresques dont on ne peut savoir (avec notre regard « d’Occidental ») dans quelle mesure elles sont à prendre avec ironie ou bien au premier degré. Je ne vais pas tout vous déflorer bien entendu. Mais tout de même, que vient faire ici la colère des aubergines, me direz-vous? C’est ce qui punit l’ex-mari gourmand qui vient une fois par semaine se faire nourrir par la femme dont il est séparée… jusqu’à la crise de foie. Chaque nouvelle contient une ou plusieurs recettes, dont les noms seront plus ou moins familiers à qui fréquente chez nous les « restaurants indiens ». Un petit glossaire complète le volume. Un livre dépaysan(t)!