Tristes tropiques
En mêlant récit de terrain, traité d’ethnologie et journal de voyage, le style très subjectif de l’œuvre donne le ton : raconter l’aventure des sciences humaines à la première personne. Bien avant que l’on parle d’écologie globale, Lévi-Strauss alerte sur « la pollution la plus grave », celle de l’homme détruisant la terre qu’il habite et les sociétés qu’il rencontre. Tristes tropiques renverse l’idée romantique de l’exotisme : les tropiques y sont tristes parce qu’ils s’effacent sous le choc du monde moderne. L’ethnologue n’y cherche pas l’aventure, mais une compréhension plus aiguë de sa propre civilisation, gagnée au prix d’un long séjour au Brésil et d’une immersion au sein des Bororo et des Nambikwara. Le travail ethnographique est compris comme vivre avec, partager, observer, se déprendre de ses valeurs pour comprendre d’autres systèmes symboliques. Ce voyage intellectuel éclaire aussi nos sociétés industrialisées, présentées comme paradoxalement plus vulnérables et dépendantes d’une nature surexploitée, que les sociétés dites primitives bien plus respectueuses. À l’heure où la route transamazonienne menaçait déjà d’effacer des peuples entiers, l’auteur évoquait un monde qui se défaisait et envisageait un exotisme nouveau, « peut-être dans la banlieue parisienne ». « Journal de voyage« , Claude Lévi-Strauss, 400 p. 1955.
Bonne (re)lecture !












