« L’allée des baleines » est arrivé dans Amap-à-lire

L'allée des baleinesL’allée des baleines de Jean Malaurie

Dans le détroit de Béring, Jean Malaurie, anthropogéographe, nous entraîne voir l’Allée des baleines. Un site exceptionnel, découvert en 1976, où sont disposés mâchoires, os et crânes de baleines franches (les grandes baleines). Il tente de déchiffrer ces ivoires gravés, d’en percer le mystère et questionne les peuples premiers, pas à pas avec les Inuit. Essai, Jean Malaurie, 200 p.

 

Bonne lecture,

2 réflexions sur “« L’allée des baleines » est arrivé dans Amap-à-lire

  1. L’allée des baleines : encore un livre que je suis heureux, et que je ne regrette pas, d’avoir lu grâce à Amap-à-lire, bien qu’il ne m’ait pas convaincu d’adhérer aux idées qu’il contient.
    Ce livre nous parle d’un monument comparable aux alignements mégalithiques que nous connaissons en Europe, si ce n’est qu’il est constitué d’ossements de baleines et non de pierres. L’allée des baleines est située sur la côte nord de l’île Yttygran, vers l’extrême Est de la Sibérie. Chronologiquement parlant, ce site semble plus proche de nous que nos constructions mégalithiques, puisque seuls quelques siècles nous séparent de son érection, avec une continuité des populations autochtones voire de leurs traditions.
    J’ai été intéressé par les conclusions des démarches archéologiques des scientifiques russes ayant exploré les lieux dans les années 1978 (fouilles, estimations du nombre de personnes nécessaires pour ériger les monuments, poids des ossements…), bref, par les observations tout ce qu’il y a de plus matérialistes.
    Dans son livre, Jean Malaurie nous parle en priorité de la signification de cette érection (nécessitant de chasser et tuer la baleine, exclusivement par des pêcheurs hommes), de cérémonies chamanistes (le chamanisme étant expressément lié à l’homosexualité), mais aussi d’extrasensorialité et de capacité à « détecter » l’approche de la baleine en particulier ou du gibier en général… et de mythologie (zoosexualité). Il explique que l’ère soviétique a lutté contre ces croyances. Mais il précise aussi in fine que Jean-Paul II a invité les animistes à la Rencontre d’Assise du 27 octobre 1986.
    C’est bien là que ça coince, pour moi. Pour ma part, je les place (ces croyances « animistes ») exactement sur le même plan que nos « religions du Livre » occidentales, ou que toutes religions présentes ou passées à la surface de la terre (ni plus ni moins respectables!): superstitions dont je considère en bloc que l’on peut s’en passer, et que le droit de ne pas croire est aussi important (si ce n’est davantage) que le droit de croire. Bref (derechef).
    Mon « poulet traversant l’écran » à moi, c’est une note de bas de page (p.123) où Malaurie « fait litière » d’une interprétation « laïque » du nom de « Mont Athos » attribué à un site proche de l’Allée des baleines, interprétation donnée d’abord par un capitaine américain du XIXe siècle, puis sous l’ère soviétique (« c’est d’après les mousquetaires de Dumas… »). Après nous avoir parlé « mystique » durant plusieurs pages avec la signification pour l’église orthodoxe russe des monastères grecs du mont Athos (ce qui ne me convainquait pas plus que cela, je dois le dire), …il finit par relever benoîtement que le nom a été attribué en 1828, cependant que le roman date de 1844. C’est génial.
    Un autre passage, que je cite ci-après, m’a paru éclairant (p.161): « Avec le temps, en regardant en arrière, je découvre que si j’avais été seul dans ces déserts passionnément parcourus, après le désert saharien, pour fuir ma société et ma civilisation – que, après la guerre, j’ai jugées à bout de souffle -, j’aurais en quelque sorte manqué d’air, c’est-à-dire d’une présence humaine essentielle, d’homme nature, issu de la nature ». J’en comprends que sa quête personnelle de spiritualité a rencontré ses objets et sujets d’ethnologie et de géomorphologie. On ne devient sans doute pas par hasard un ethnologue tel que lui. Je me permets de supposer que, s’il s’était dirigé vers les Antipodes (Australie), il serait devenu un spécialiste du temps du rêve et des mythes aborigènes.
    Ceci dit, je vais tâcher de me procurer Les derniers rois de Thulé, premier livre publié par Jean Malaurie dans la collection Terre humaine qu’il avait fondée… il y a près de 70 ans. Histoire d’acquérir quelques connaissances supplémentaires. Et peut-être un peu de sagesse?

    • Ma lecture de l’allée des baleines n’a pas été gênée du tout par le sens du sacré de l’auteur; il semble même essentiel pour comprendre des aspects de ces civilisations éloignées de nous. Pour Malaurie, le chamanisme est « la colonne vertébrale des sociétés préhistoriques », qui lui accordera progressivement une place croissante, le considérant essentiel pour comprendre ces peuples premiers. Il avouera aussi être au fond de lui un être « religieux » Le chamanisme est authentiquement une pensée selon lui et non une sorte de divagation fumeuse, une pensée qui puise aux racines mêmes de notre psychisme.
      Cet intérêt de plus en plus marqué pour le chamanisme marque une évolution décisive dans la pensée et l’œuvre de l’auteur : le passage d’une vision horizontale à une vision verticale de l’homme, vision horizontale qui fut celle des approches marxistes et structuralistes. À cet égard, la rencontre des UTK dans le détroit de Behring rapportée dans Hummocks confirme ses pressentiments : voilà une micro-société de sept familles et un peu plus d’une vingtaine de membres confrontée à une famine terrible et qui, pourtant, refuse de se déplacer plus près d’un comptoir comme l’incite à le faire l’administration canadienne et préfère continuer à respecter ses tabous ancestraux qui lui interdisent de consommer les viandes qui assureraient sa survie…(source : https://www.cairn.info/jean-malaurie-une-introduction–9782266189330-page-163.htm) – L’ethnologue n’a sûrement pas succombé au chamanisme. Mais, il en a reconnu des aspects essentiels pour comprendre les peuples étudiés.
      Athos, du Mont Athos, Le toponyme viendrait de la racine indo-européenne ath- signifiant probablement « tête » ou « sommet ». Je ne comprends pas le détour par Alexandre Dumas.
      L’ethnologue livre aussi son état de solitude avec une belle force d’authenticité.

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