La Toile des AMAP n°146 – 2e regard sur nos correspondants étrangers (l’AMAP Bénin)

PénélopeSaviez-vous que, selon le site internet du MIRAMAP (1), on dénombrait en France, en 2015, plus de 2000 (deux mille) « groupes en AMAP » représentant quelque 250 000 amapiens? Cela doit représenter, en tout cas, des centaines de blogs ou sites comme le nôtre… Mais à l’étranger aussi, ce genre de partenariat s’est implanté. Petit regard extérieur.

Ma chronique du jour rend compte de ma deuxième exploration hors de France, à la rencontre de nos homologues francophones. J’ai trouvé mention de l’organisation qui constitue son sujet sur le site d’Urgenci, en tant qu’unique exemple représentant les « Partenariats Locaux et Solidaires » (PLS) en Afrique (2). Voyons comment se (re)présente aujourd’hui, sur internet, l’AMAP Bénin.

AMAP_BeninAssociation pour le maintien d’une agriculture paysanne au Bénin, points de livraison = Calavi, Cotonou, PortoNono. https://amapbenin.wordpress.com/presentation-de-lamap-benin/ et https://fr-fr.facebook.com/AMAP-B%C3%A9nin-395553520497997/

Une AMAP au Bénin, comment cela? Grâce à qui, quoi, où, pourquoi? Internet retrace toute l’histoire. C’est un agriculteur et maraîcher béninois, Edgar Maxime Déguénon (fondateur de l’ONG locale Hortitechs développement en 2005 si j’ai bien compris) qui a créé l’AMAP Bénin. Selon la présentation figurant sur le site internet de l’organisation, reprise telle quelle par Urgenci, « en juillet 2008, soutenu par l’Ambassade de France au Bénin, il s’est initié en France à l’agriculture biologique au cours d’un stage organisé par le Réseau Bénin de l’enseignement agricole français. A cette occasion, il été séduit par l’idée d’offrir des produits biologiques à des prix raisonnables pour les consommateurs, tout en assurant une rémunération équitable des producteurs, grâce à l’élimination des intermédiaires. Cette expérience lui a donné l’impulsion pour mettre en place au Bénin la première Association pour le Maintien de l’Agriculture Paysanne/Biologique (AMAP) ». En 2010, son PAMIB (Projet d’Appui à une Mise en Marché Innovante des Produits Agricoles au Bénin) a bénéficié d’un soutien de 45 000 euros de la Fondation de France. Un reportage de 34 minutes tourné au Bénin sur l’AMAP par un étudiant français (Quentin Testa) en 2012-2013 (3) m’a fourni quelques éléments de compréhension complétant ce que j’ai trouvé en ligne sur les site et facebook de l’organisation.

Cette AMAP Bénin a bien repris le nom du système français, mais l’a adapté aux conditions locales béninoises. Côté consommateurs, on trouve des expatriés européens souhaitant trouver du bio local (avec le volet « connaître les producteurs »), mais aussi des Béninois ayant sans doute une certaine aisance financière et un souci de leur santé les amenant à vouloir des produits bio, et souhaitant bénéficier d’une démarche de « circuit court » afin d’éviter le renchérissement dû à des intermédiaires successifs. Il n’est pas forcément question de militantisme pour le soutien « de principe » à une certaine agriculture plutôt qu’à une autre en lien avec une certaine vision de la société (4). Je ne sais pas non plus ce qu’il en est du soutien en cas d’aléas. Côté producteurs, ils ont clairement identifié la sécurité des débouchés apportés par leurs « amapiens », leur permettant de valoriser leur production à un juste niveau par rapport à leur travail. Certains sont en bio, ce n’est pas forcément encore le cas de tous. L’AMAP semble avoir réuni au moins 1000 consomm’acteurs et quelque 300 « adhérents ». Par adhérents, fallait-il entendre « producteurs »? Je l’ignore. Mais un entretien avec Edgar Déguénon réalisé en janvier et juillet 2018 (5), avec 10 ans de recul sur l’expérience, mentionnait que l’AMAP Bénin était passée, durant ce laps de temps, d’une vingtaine à 296 producteurs et transformateurs. Je pense que, à la base, le point de départ était bien: « comment faire en sorte que les petits agriculteurs [béninois] puissent vivre de leur activité ? », avec un pari sur le fait que, en s’adressant d’abord aux élites béninoises et aux expatriés européens, par mimétisme, pourraient être touchées les autres classes sociales béninoises. Edgar Déguénon a su monter ou fédérer autour de son AMAP Bénin d’autres projets, sur le soutien à l’agriculture bio, sur le rachat de terres pour les mettre à dispositions d’agriculteurs (certaines terres ont pu être acquises par « souscriptions remboursables » en sollicitant les amapiens). Un projet d’achat pour 27 millions de francs CFA (environ 40 000 euros aujourd’hui?), non précisément daté, est toujours en ligne. Pour conclure sur ces aspects financements, je comparerais plutôt l’AMAP Bénin à une AMAPéi (où c’est la structure elle-même qui bénéficie de financements publics de soutien), plutôt qu’aux systèmes AMAP ou GASAP, ou ce sont les « têtes de réseaux » fédératives qui bénéficient de fonds pour la mise en place de nouveaux « groupes de terrain » producteurs/consommacteurs. Et quant à Edgar, j’ai tendance à supposer qu’il n’était pas dans une démarche bénévole lorsqu’il montait ces projets ou ceux qu’il continue à développer aujourd’hui (5). Enfin, j’aimerais bien savoir si l’amapien marseillais qui avait laissé un commentaire sur le blog de l’AMAP Bénin en 2016, demandant où trouver un lieu de livraison à Cotonou, avait bien eu sa réponse à l’époque?

Finalement l’AMAP Bénin semble avoir en dernier lieu souhaité changer son nom en « Les Nouveaux Paysans Bio », pour aller, si j’ai bien compris, plutôt vers un genre de marque commune ou de coopérative de petits producteurs travaillant en circuits courts (mais pas forcément avec une contractualisation préalable de chaque producteur avec chacun de ses clients). En 2020,  l’article que vous finissez de lire présente donc essentiellement un intérêt historique!

Amap-Benin_LesNouveauxPaysansBio

 

(1) pour de plus longues listes: http://miramap.org/-Les-AMAP-.html (consulté le 08/08/2019).

(2) Je ne sais pas à quand remonte, sur le site d’Urgenci (le réseau international des Partenariats Locaux Solidaires entre Producteurs et Consommateurs pour soutenir une agriculture paysanne), la dernière mise à jour de la notule à propos de l’AMAP Bénin : reprise du site de celle-ci, elle n’est pas davantage datée!

(3) Le reportage de Quentin Testa sur l’AMAP Bénin, visible en ligne sur le site d’alimenterre, peut aussi être projeté en séance ouverte à tout public dans un cadre non commercial (prix d’entrée nul ou couvrant uniquement les frais d’organisation) ou en séance réservée à un public scolaire, en contactant l’auteur (gratuité des droits).

(4) Certains chiffres cités dans le reportage font froid dans le dos: en 2012, l’Afrique représentait 10% des pesticides importés dans le monde, mais la moitié des empoisonnements accidentels et plus de 75% des cas mortels.

(5) Egalement disponible sur le site d’Alimenterre, un entretien réalisé en 2018 et édité en 2019 par le CSFI (Comité français pour la solidarité internationale).

Ta d loi du cine, membre de l’AMAP Réunion / Père Lachaise depuis 2010, présent sur la blogosphère depuis 2007.

Connaissant donc un peu le monde des blogs par ailleurs (et son fonctionnement en « réciprocité »), je vous demande de ne pas hésiter à « poster un commentaire » (si possible) en remerciement sous une recette ou un article qui vous a intéressé, sans oublier de mentionner le lien vers notre propre blog (éventuellement le lien de cet article-ci).

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