La Toile des AMAP n°149

PénélopeSaviez-vous que, selon le site internet du MIRAMAP (1), on dénombrait en France, en 2015, plus de 2000 (deux mille) « groupes en AMAP » représentant quelque 250 000 amapiens? Cela doit représenter, en tout cas, des centaines de blogs ou sites comme le nôtre…

L’AMAP qui est mon sujet du jour me permet surtout d’évoquer leurs producteurs: une des rares fermes aujourd’hui sous statut de SCOP (société coopérative et participative). Je commence donc par présenter l’AMAP de Belêtre, avant de développer l’association de Belêtre et la coopérative paysanne de Belêtre. Et je finirai en faisant le bilan de mes recherches sur la région Centre Val de Loire dont je termine aujourd’hui le survol.

AMAP_de_Beletre_&_CooperativeBeletreAMAP de Belêtre (37310 Dolus le Sec), https://amap.beletre.org

Sur la page d’accueil du site de l’AMAP, les choses sont claires: de 2008 à 2015, l’AMAP de Belêtre a soutenu le paysan qui avait été la raison de sa mise en place. En 2015, passation de témoin: ce sont cette fois 3 maraîchers (faisant partie de la coopérative paysanne de Belêtre, membre du réseau REPAS et qui autoconstruit ses outils avec l’aide de l’Atelier paysan), prenant sa suite, que va soutenir le groupe en AMAP. Je note qu’AmapJ est utilisé, et que l’on trouve sur le site trois douzaines de recettes (ventilées inégalement entre salé, sucré et apéritif). Mais l’AMAP ne semble plus avoir trop mis à jour son site depuis octobre 2017. Je m’interrogeais donc sur les évolutions de ces dernières années.

Je n’en savais pas davantage, jusqu’au moment (20/11/2019) où est arrivée l’invitation du réseau AMAP IDF pour « une journée d’échanges et d’étude sur la ferme coopérative et collective de Belêtre (Indre-et-Loire), à la rencontre de ses paysan.ne.s et de ses amapien.ne.s », prévue le 7 janvier 2020.

Je n’ai pas été en mesure de m’inscrire en temps voulu avec les 7 binômes amapien/paysan en AMAP, mais j’ai envoyé in extremis une volée de questions (et de sous-questions) concernant la ferme (ci-dessous)… qui ont pu être posées sur place. Merci à Mathilde, salariée du réseau, qui avait noté le jour même, puis m’a retransmis, des éléments de réponses, que j’ai complétés grâce au compte-rendu de la visite paru fin janvier sur le site du réseau AMAP (2). J’ai également « pioché » quelques éléments complémentaires dans un article de Bastamag initialement paru dans Campagnes Solidaires (17/09/2017) (3). A ma connaissance, le « powerpoint » présenté sur place lors de la visite n’a pas encore été transmis au Réseau AMAP IDF.

  • Le foncier :
    • Surface utilisée pour les cultures de la SCOP ?
      • 30 hectares [Mathilde] : 3 en maraîchage (fournissant 80 parts pour un total de 120 paniers), et 27 en céréales (froment, seigle, petit épeautre) pour le boulanger-paysan (400 kg de pain par semaine) (2).
    • La terre = propriété de qui ?
      • Propriétaire privé (Jean-Luc, ancien paysan de la ferme, qui continue à être paysan à côté, et dont le fils, Martin, fait partie de la coopérative) pour la majorité et les bâtiments. Terre de Liens pour les nouveaux hectares acquis récemment (11 hectares) [Mathilde]. Constat ayant motivé le projet au départ: l’installation de jeunes, avec le rachat de terres, devient de plus en plus onéreux à chaque génération (3).
    • Les bâtiments = propriété de qui ?
      • Propriétaire privé (cf. ci-dessus) avec un accord sur le fait que le propriétaire ne pourra pas faire de plus-values, lors d’une revente éventuelle, du fait de l’amélioration des bâtiments et des investissements faits par la SCOP [Mathilde].
    • Entretien des bâtiments ?
      • SCOP (cf. ci-dessus pour la valorisation) [Mathilde].
    • Contreparties pour l’utilisation?
      • Bail rural sur la terre et les bâtiments agricoles, bail solidaire sur la longère (2).
  • Le matériel :
    • Propriété de qui ?
      • SCOP [Mathilde]. En plus du superbe Aggrozouk auto-construit grâce à la SCIC l’Atelier Paysan, la Coopérative a récupéré au fil du temps une collection de vieux outils tractés mécaniques (2).
    • CUMA ?
      • A priori non [Mathilde].
    • Chaque coopérateur selon son activité ? Autre solution?
      • Martin a repris l’élevage allaitant mais en dehors de la coopérative (2).
  • La SCOP :
    Il n’existe que trois SCOP paysannes en France. C’est un positionnement politique et militant. Ils militent pour obtenir les mêmes aides que celles auxquelles ont droit d’autres statuts juridiques (GAEC…) (2)(3).
    • Organisation du travail ?
      • Enormément d’outils de gestion du travail, beaucoup d’Excel, des réunions d’équipes toutes les semaines, des séminaires tous les ans… [Mathilde].
    • Spécialisation ? Complémentarité? Polyvalence? Interchangeabilité des postes?
      • Assez spécialisés et complémentaires (des maraîchers, des boulangers, etc.) mais beaucoup de polyvalence, des astreintes qui font que chacun doit maîtriser ce qui est à faire sur la ferme le week-end par exemple. Sur la gestion aussi, chacun a son rôle (exemple : un geek qui maîtrise beaucoup Excel), et sur l’animation / l’accueil (accueil de personnes en situation de handicap, formations…) ils se sont réparti les tâches également [Mathilde].
    • Clé de comptabilisation du travail de chacun ?
      • Tableau de temps de travail [Mathilde]. Logique en 2019/2020 de réduire leur temps de travail. Temps bénévole qui sert à gérer la structure : une réunion de deux heures chaque semaine. Ils comptent toutes leurs heures depuis 2 ans, ce qui leur permet d’avoir une vue d’ensemble et d’ajuster la charge de chacun. Astreintes d’un WE toutes les 5 semaines (2).
    • Grille des salaires? Egalitaires ?
      • Tous le même salaire [Mathilde].
    • Répartition financière (salaire, bénéfices…) selon clé prenant en compte chaque « atelier » et ses produits, ou pas?
      • Amapiens et salariés se sont mis d’accord sur 2,5 ETP pour le maraîchage (2).
  • Transmission de compétences :
    • Accueil de stagiaires (agricoles)?
      • La Coopérative Paysanne de Belêtre organise une fois par an une journée de formation à l’intention des porteurs de projet d’installation agricole (2).
    • Position par rapport au woofing ?
      • Ils accueillent sur la ferme (stagiaires, woofing) mais ont un tableau de gestion afin de limiter l’accueil à 3-4 personnes [il me semble. Mathilde], et les woofeurs arrivent en dernier.
    • Liens éventuels avec RENETA ?
      • [pas d’information sur ce point (Réseau National des Espaces-Test Agricoles)]. « Des paysannes et des paysans nous contactent pour se renseigner sur notre SCOP, désireux d’en savoir plus avant d’éventuellement s’installer ou de faire passer leur ferme sous ce statut » (3).
    • Position par rapport au compagnonnage du réseau REPAS ?
      • Ils font partie du réseau REPAS [Mathilde], Réseau d’échanges et de pratiques alternatives et solidaires (3).
  • AMAP :
    • Combien d’AMAP ?
      • Pour le maraîchage uniquement l’AMAP de Belêtre. Pour le pain une seconde AMAP je crois + des débouchés autres [Mathilde]. L’AMAP s’est constituée en ass. déclarée (loi 1901) seulement en 2016 (2).
    • Localisation ?
      • AMAP sur la ferme + AMAP à Tours ou à côté [Mathilde].
    • Part du CA généré par les AMAP ?
      • Je [Mathilde] n’ai pas les chiffres exacts mais ça doit être une énorme partie. CA de 200 000 euros, dont 100 000 en boulangerie et 80 000 en maraîchage (2).
    • Implication des amapiens ?
      • Evènements chaque mois sur la ferme organisés par l’AMAP, pas mal d’implication sur la ferme [Mathilde]. A noter que la « coopérative paysanne de Belêtre » a d’abord été créée, le 08/11/2014, sous le statut d’association loi 1901. Ce sont des amapiens qui en étaient les responsables légaux, ce qui a permis aux futurs coopérateurs d’entrer progressivement comme salariés (les premiers emplois créés le sont sous forme de CUI-CAE). La SCOP-SARL a finalement été enregistrée au RCS le 18/11/2016. L’AMAP n’est pas associée de la SCOP (ce n’est une demande ni des amapiens ni de la coopérative) (2).
    • Pourquoi le site internet de l’AMAP de Belêtre n’est-il plus mis à jour depuis 2017 ?
      • Autres priorités : ils en sont conscients, mais ça n’a pas fait partie des chantiers prioritaires [Mathilde]. L’AMAP consacre beaucoup d’énergie à faire vivre le lieu (visites à la ferme, Commission Culture pour un spectacle par mois, Amapéro tous les premiers vendredi du mois…) ( 2).

En tout cas, suite à cette visite avec le Réseau AMAP IDF, je suppose que, en 2020, le constat figurant en 2017 sur le site de l’AMAP « L’AMAP de Belêtre n’appartient à aucun de ces deux réseaux nationaux [l’association Alliance Provence, qui avait rédigé la première Charte en 2003, et un autre réseau inter-régional, le MIRAMAP, qui a actualisé la Charte des AMAP en 2014] » est dépassé!

Cette petite présentation m’a donné l’occasion d’aborder la transmission des terres formant une ferme. J’avais eu il y a déjà quelque temps [TdA129] l’occasion d’évoquer brièvement cette question de la transmission… Une entreprise, ça naît, ça vit, ça meurt (alors que naguère, immuabilité du monde paysan…). Le « temps paysan » semblerait s’être raccourci ? J’espère pouvoir revenir sur cette problématique avant la fin de mon tour de France des AMAP qui devrait intervenir d’ici deux ou trois mois.

Et je conclus, comme promis, avec mon « tableau-bilan » pour la région Centre-Val-de-Loire.
Tableau_Centre-Val-de-Loire
Le fait est que, une fois encore, tous les départements de la région ne sont pas logés à la même enseigne dans ma sélection subjective: j’ai pu retenir une AMAP présente sur internet sur deux dans le [36], mais aucune des 4 ou 5 possibles dans le [18]…

(1) pour de plus longues listes: http://miramap.org/-Les-AMAP-.html (consulté le 02/02/2020).

(2) La ferme collective et coopérative, une solution d’avenir pour la paysannerie ? (publié le 29 janvier 2020).

(3) L’une des premières fermes françaises en coopérative : de jeunes paysans explorent une alternative prometteuse (par Campagnes Solidaires, 18 septembre 2017).

 

Ta d loi du cine, membre de l’AMAP Réunion / Père Lachaise depuis 2010, présent sur la blogosphère depuis 2007.

Connaissant donc un peu le monde des blogs par ailleurs (et son fonctionnement en « réciprocité »), je vous demande de ne pas hésiter à « poster un commentaire » (si possible) en remerciement sous une recette ou un article qui vous a intéressé, sans oublier de mentionner le lien vers notre propre blog (éventuellement le lien de cet article-ci).

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