La Toile des AMAP n°153

PénélopeSaviez-vous que, selon le site internet du MIRAMAP (1), on dénombrait en France, en 2015, plus de 2000 (deux mille) « groupes en AMAP » représentant quelque 250 000 amapiens? Cela doit représenter, en tout cas, des centaines de blogs ou sites comme le nôtre…

La France a beau être soumise au confinement (selon le décret du 16 mars 2020 portant réglementation des déplacements dans le cadre de la lutte contre la propagation du virus Covid-19), ce n’est pas une raison, n’est-ce pas, pour que ma visite virtuelle des AMAP s’interrompe. Au contraire, dirais-je presque. Il est vrai que, dans les AMAP, c’est le contact direct qui a de la valeur, mais on peut aussi être content de l’existence d’un site internet. Bref, me voici donc entre Vosges et Rhin, pour parler de l’association RhénAmap et des AMAP qu’elle regroupe dans son périmètre du Sud-Alsace dans le Haut-Rhin [68], pas trop loin de la Suisse. J’avais annoncé il y a déjà quelque temps que je m’intéressais à ce cas singulier, apparaissant au choix comme un énorme « groupe en AMAP » ou comme un réseau très local de « groupes en AMAP » (elle figure comme une entité à part entière sur la carte du MIRAMAP présentée dans TdA 112). Pour cette monographie, je vais d’abord présenter ce qui apparaît sur leur site internet (consulté récemment), puis égrener mes questionnements, et rajouter quelques éléments d’explication tels qu’ils m’ont été donnés.

RhenAMAP

[AMAP] Rhénamap, http://www.rhenamap.org et https://www.facebook.com/Rh%C3%A9namap-Produire-et-Consommer-Autrement-185335668148131/
Dix lieux de livraison (selon le « flyer » qui m’avait été envoyé le 08/11/2019) : Altkirch (68130), Brunstatt (68350), Heimsbrunn (68990), Huningue (68330), Landser (68440), Muespach (68640), Mulhouse (68100), Riedisheim (68400), Rixheim (68170, Wittensheim (68270)
Je les ai classés par ordre alphabétique – mais on pourrait prendre l’ordre chronologique, ou le nombre de consom’acteurs… D’autres lieux encore ont pu être en activité entre novembre 2010 et aujourd’hui.

RhénAmap se présente comme le réseau des AMAP entre Vosges et Rhin, regroupant 25 producteurs et entre 800 et 1100 familles présentes sur ses lieux de distribution de Sud-Alsace (sur le FB figure la mention de « 27 AMAP »). Je pense qu’ici, par AMAP, il faut bien entendre le concept basique, à savoir un lien contractuel entre un producteur donné et un ensemble de consom’acteurs. Jusque là, rien de très original. Ce qui me pose davantage question, c’est l’organisation des « groupes en AMAP », qui, ailleurs en France, sont des entités autonomes, organisées en association loi 1901 ou parfois en association de fait seulement, et regroupées le cas échéant au sein d’un réseau local ou régional (lui-même en association loi 1901), ou non. Ici, l’association à but non lucratif RhénAmap semble avoir été fondée en décembre 2010, suite au projet de développement des AMAP en Sud-Alsace initié par l’association TeReS depuis 2007. A ses débuts, RhénAmap a mis en place et animé des modules de formation pour les agriculteurs qui souhaitaient rejoindre le réseau. Mais les « AMAP », qui étaient prévus dans les statuts de RhénAmap de décembre 2010 comme des associations distinctes, semblent ne jamais s’être développés de manière autonome? De nouveaux statuts, en 2016, ont modifié la gouvernance de RhénAmap (élimination des AMAP en tant qu’entités, et renforcement du pouvoir des producteurs, sauf erreur de ma part). Mon intuition est que RhénAmap est passée d’une logique de développement des AMAP (entités autonomes) à une logique de gestion de l’interface consom’acteurs-producteurs: c’est RhénAmap qui élabore les contrats avec les producteurs, qui répartit ceux-ci sur les lieux de livraison pour assurer sur chacun la variété et la non-concurrence des produits… et anime le site internet unique pour le réseau. Celui-ci, pour certaines de ses rubriques, semble en 2020 moins mis à jour que par le passé. En effet, c’est une salariée à mi-temps (de 2015 à mars 2019) qui prenait notamment cela en charge. Ce modèle centralisé me semble en tout cas original parmi toutes les AMAP de France. Je me permets de me demander dans quelle mesure il ne constitue pas une impasse en offrant moins de « diversité » qu’on ne pourrait en trouver, ailleurs, parmi les équipes bénévoles diverses gérant 10, voire même davantage, « groupe en AMAP » chacun autonomes. Peut-être les spécificités locales ont-elles joué (besoin de 7 membres fondateurs pour créer une association à but non lucratif de droit local alsacien-mosellan [art. 21 à 79-III du Code Civil Local], contre deux pour une association loi 1901 dans le reste de la France)?

Lorsque je les avais contactés en novembre 2019 (je ne les ai pas relancés depuis), j’avais obtenu peu de réponses claires à mes questions, si ce n’est que:
– une refonte du site internet était initialement prévue pour fin 2019 (elle semble toujours à venir en mars 2020?).
– l’association RhénAMAP s’est dotée de nouveaux statuts en 2016 (si j’ai bien compris ce que j’y ai lu, ceux-ci renforcent le pouvoir des producteurs par rapport aux consom’acteurs).
– en 10 ans, RhénAMAP a connu une baisse de fréquentation, et l’équipe de l’association, recomposée en 2019, cherche à redynamiser l’intérêt de venir en AMAP.
– RhénAMAP a notamment dû faire face à l’émergence de magasins de producteurs locaux, d’où nécessité de trouver de nouveaux attraits et arguments pour venir en AMAP.
– chaque lieu de distribution est différent des autres de par son histoire, le type de population et la dynamique producteurs / amapiens. Chacun reste indépendant pour organiser ses fêtes et événements.
– la solution (qui, depuis Paris, me semblait évidente) de restructurer leur réseau en créant des « associations locales » autour de chacun des points de livraison a été étudiée (« la question a été posée ») mais non retenue. Leur organisation reste identique, à savoir que RhénAMAP effectue trois activités: la communication (organisation de stands, flyers, facebook, mails…), l’administration centralisée (cotisations, contrats, courriers…) et la représentation comme interlocuteur unique auprès des partenaires privés ou institutionnels (administrations).
– RhénAmap ne revendique pas l’exclusivité du mouvement AMAP sur le territoire qu’elle couvre, mais serait ouvert à toutes discussions (par exemple, à Mulhouse [100000 habitants], spécifique de par son histoire et sa population, « nous serions les premiers intéressés pour collaborer et échanger si un nouveau groupe se forme »).
– RhénAMAP a aidé à l’émergence des AMAP de Belfort et Guebwiller qui sont aujourd’hui indépendantes. ThurAmap (dont j’ai parlé il y a quelques mois dans TdA 136 et qui partage quelques producteurs avec RhénAmap) est aussi indépendante de RhénAmap.
– « rien n’est simple et rien n’est figé, le mouvement des AMAP devra encore évoluer avec les nouvelles prises de conscience de la société (climat, santé, nutrition…). Il n’y a pas de solution miracle, c’est un ensemble de compromis qui fait ce que nous sommes ».

Et, pour une fois, je vais insérer un second «visuel», fruit du travail d’une graphiste et du choix des amapiens lors de l’AG de mars 2019 si j’ai bien compris.

RhenAmap-nouveau-logo

En conclusion, ce n’était pas la première fois que je consacre une chronique à une seule AMAP. Cette fois, il s’agissait tout de même d’un cas très particulier. Je n’en ai pas tout à fait terminé avec la région Grand Est, mais un billet me suffira pour ce faire, et j’y inclurai le moment venu mon tableau récapitulatif pour cette dernière région. A propos de RhénAmap, j’y relèverai encore un contrat, sur Mespach, avec la coopérative de fruits corses Aliméa. Cela me fournit enfin l’occasion de dire deux mots sur la Corse (je risque de ne pas trouver d’autres angles). En effet, je n’ai pratiquement jamais rien trouvé, sur la toile, concernant une AMAP corse en activité. Il semble y en avoir jadis existé quelques-unes (se comptant sur les doigts d’une main). Je m’interroge donc sur l’implantation du mouvement AMAP dans cette collectivité territoriale à statut particulier qu’est la Corse? Je peux seulement, là encore, émettre quelques hypothèses (sous toutes réserves). Peut-être les insulaires ne sont-ils guère intéressés par l’adhésion à un mouvement en provenance du continent. Je suppose pourtant qu’il peut, localement, exister le même type de fonctionnement en circuit court autour de paysans liés à un groupe de consommateurs, sans que cela soit forcément contractualisé par écrit? Et peut-être qu’en outre les Corses ne sont pas les plus fervents tenants de la communication externe sur internet…

(1) pour de plus longues listes: http://miramap.org/-Les-AMAP-.html (consulté le 02/02/2020).

Ta d loi du cine, membre de l’AMAP Réunion / Père Lachaise depuis 2010, présent sur la blogosphère depuis 2007.

Connaissant donc un peu le monde des blogs par ailleurs (et son fonctionnement en « réciprocité »), je vous demande de ne pas hésiter à « poster un commentaire » (si possible) en remerciement sous une recette ou un article qui vous a intéressé, sans oublier de mentionner le lien vers notre propre blog (éventuellement le lien de cet article-ci).

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