La Toile des AMAP n°158 – 8e regard sur nos correspondants étrangers (la FRACP en Suisse – 3)

PénélopeSaviez-vous que, selon le site internet du MIRAMAP (1), on dénombrait en France, en 2015, plus de 2000 (deux mille) « groupes en AMAP » représentant quelque 250 000 amapiens? Cela doit représenter, en tout cas, des centaines de blogs ou sites comme le nôtre… Mais à l’étranger aussi, ce genre de partenariat s’est implanté. Petit regard extérieur.

Voici donc un huitième article sur les systèmes proches de nos AMAP françaises dans les pays francophones. Je rappelle que ma « recherche documentaire » ne peut prétendre lister exhaustivement la richesse de ce qui existe sur le terrain, mais reflète juste ce que l’on peut en trouver sur la Toile (internet), et encore, sous réserve que les sites internet que je sélectionne (en toute subjectivité) donnent à lire du contenu d’intérêt général. Pour l’anecdote, j’ai savouré la variété des formulations, avec « cornet » ou « panier », dans les deux composantes de l’agriculture contractuelle de proximité (ACP) en Suisse romande (2) présentées aujourd’hui (nous verrons encore «hotte» la prochaine fois!). En guise de conclusion, j’y reporte le début de mon entretien téléphonique datant d’il y a quelques semaines avec un pionnier local.

FRACP_LesJardinsdeCocagneLes Jardins de Cocagne (CH-1285 Sézegnin-Athenaz), http://www.cocagne.ch et https://fr-fr.facebook.com/jardin.cocagne/

Les Jardins de Cocagne sont une coopérative genevoise de production et de consommation de légumes biologiques fondée en 1978 par une poignée de visionnaires (un groupe d’environ 30 personnes et un jardinier). Aujourd’hui, la coopérative emploie onze jardiniers.ières à temps partiel, payés par les cotisations annuelles des coopérateurs•trices (actuellement 440 ménages membres, soit l’équivalent de 1.000 à 1.200 personnes). Ces jardiniers•ères cultivent plusieurs terrains situés dans la campagne genevoise (environ 45 000 m2). Les coopérateurs•trices achètent une part sociale au moment de l’inscription, paient une cotisation annuelle (fixée en partie selon une échelle de classe de salaires) et effectuent 4 demi-journées de travail pour une part standard (3 pour une petite part). Des cornets de légumes à prendre sont livrés à une quarantaine de points de distribution. Près de 300 recettes « testées par les coopératrices et coopérateurs » sont disponibles sur le site, et un livre « Le Cornet aux Mille Saveurs / Recettes des Jardins de Cocagne » a même été édité ! Et cela constitue seulement une partie de l’intéressante rubrique « Légumes ». Enfin, on peut trouver beaucoup d’actualités sur le FB.

FRACP_LesJardinsduFlonLes Jardins du Flon (CH-1003 Lausanne), http://lesjardinsduflon.ch et https://fr-fr.facebook.com/LesJardinsDuFlon/

Créée le 22/05/2007, « l’association Les Jardins du Flon est ce que l’on nomme une ACP, soit une association d’agriculture contractuelle de proximité ». Elle fait partie des co-fondateurs de la FRACP (2) en 2008. Elle est aujourd’hui fournie par 2 familles de producteurs, et les 200 paniers ont été atteints en 2009. « Les prix pratiqués sont ceux de la vente directe à la ferme, fixés et publiés chaque semaine par l’association romande Marché Paysan » (3). Les fruits et légumes que les membres ne sont pas venus chercher lors de la livraison sont offerts à la Fondation Mère Sofia (Soupe populaire). Enfin, sur son site internet figurent au moins 18 recettes.

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Je suis rentré en contact avec Reto Cadotsch grâce au président de l’une des associations membres de la FRACP à qui j’avais demandé comment me procurer une publication repérée sur leur site internet. Il m’a indiqué que «Reto en [était] l’auteur, et représent[ait] d’ailleurs la « mémoire » des mouvements de type AMAP autour de Genève», en me disant de voir directement avec lui. Après échange de mails, nous avons convenu d’un rendez-vous téléphonique.

Reto m’a précisé que le but de la coopérative maraîchère Cocagne, c’était la prise en main de la production alimentaire par les citoyens, qui fournissent le capital pour l’achat des outils de production, payent le travail de production et reçoivent en contrepartie les fruits de la production. Il s’agit d’organiser une planification de la production ni par l’Etat ni par un marché libéralisé, mais directement par les paysans et mangeurs concernés. Au cours de l’entretien (une petite demi-heure, lundi 16/03/2020), j’ai demandé à Reto s’il avait jamais rencontré les Vuillon. La réponse a été négative. Il m’a par contre donné sa version de la rencontre avec les initiateurs du réseau Cocagne en France en 1991 (je ne sais pas si Jean-Guy Henckel faisait partie de ses interlocuteurs). Je résume : « est-ce que vous nous autoriseriez à reprendre ce nom (« les Jardins de Cocagne ») en France? ». « Heu… Non ! ». « Très bien, on va le faire tout de même. Au revoir ». Et, sans autorisation (mais en toute légalité puisque la « marque » n’était nullement déposée en France), se sont donc développés en France de nombreux « Jardins de Cocagne » où était avant tout mise en avant la démarche d’insertion (4). Dans ces structures françaises, la production de « paniers » achetés par des « abonnés » est d’abord un moyen de faire de l’insertion par l’activité économique (IAE), dans le secteur maraîcher, au bénéfice de personnes éloignées du marché de l’emploi. Pour cela, le réseau peut bénéficier des fonds publics alloués à cette activité d’insertion. A l’inverse, en Suisse, chez « Les jardins de Cocagne » du canton de Genève, la démarche d’insertion avait toujours été presque anecdotique, et sûrement pas la fin principale du projet (d’où la réticence affichée par rapport au risque de confusion).

Je l’ai bien entendu interrogé sur ses quelque quatre décennies d’activité militante pour le développement de l’ACP en Suisse. J’ai cru comprendre qu’il avait deux ou trois regrets.

D’abord, à ma surprise, il m’a dit qu’à l’origine, il n’était pas favorable à la création de la FRACP comme une nouvelle organisation paysanne mais aurait préféré que l’ACP se développe sous forme d’une commission d’Uniterre (5), pour ne pas dupliquer les structures et leur besoin en terme de ressources humaines et de moyens de fonctionnement. Lors de la votation du 23 septembre 2018 sur la souveraineté alimentaire, dans laquelle Reto s’est beaucoup investi, les ressources humaines ont manqué pour aller « labourer le terrain » au-delà de la Suisse romande où la population était déjà bien consciente des problématiques. Il m’a confirmé qu’en Suisse alémanique, l’association RVL (6) était bien sur la même longueur d’onde que la FRACP… mais ses membres ne sont pas non plus suffisamment nombreux pour exercer une réelle influence sur la politique agricole locale ni pour sensibiliser la population à s’exprimer en faveur d’aliments issus d’une agriculture, durable, régionale et sans OGM, « une agriculture paysanne indigène rémunératrice et diversifiée, fournissant des denrées alimentaires saines et répondant aux attentes sociales et écologiques de la population » (7).

Si j’ai bien compris, Reto m’a aussi signalé que les militants et animateurs d’Uniterre eux-mêmes vieillissent et partent à la retraite, et ne voient pas forcément la relève arriver à qui transmettre la mémoire de leur action. En effet, les agriculteurs plus jeunes, souvent des « néo-paysans » comme en France (et non issus du milieu agricole) préfèrent se regrouper au sein d’une nouvelle structure syndicale plutôt qu’investir, et s’investir dans, Uniterre.

Pour m’expliquer finalement sa position par rapport à la FRACP, Reto a insisté sur le fait suivant : les militants qui constituent le vivier restreint des consom’acteurs « actifs » s’investissent, à chaque fois, dans « leur » propre projet, lequel devient encore un « prototype » (le terme est de moi), pas forcément reproductible par d’autres personnes à un autre endroit. Reto préfèrerait envisager les choses plus largement, et agir en terme de promotion d’un contrat de la société avec son agriculture en général plutôt que se restreindre à faire fonctionner un groupe spécifique en particulier.

Désormais paysan retraité, Reto, jadis pionnier de l’ACP dont il reste un des vétérans, déploie aujourd’hui ses efforts à dépasser ce dernier concept… mais j’en parlerai dans un prochain article.

 

(1) pour de plus longues listes: http://miramap.org/-Les-AMAP-.html (consulté le 02/02/2020).

(2) On peut voir la trentaine de membres (y compris ceux dont je n’ai pas parlé) sur le site internet de la FRACP (consulté [mise à jour du site] le 11/06/2020).

(3) L’association romande Marché Paysan est un réseau de plus de 85 agriculteurs romands qui publie chaque semaine une liste de prix indicatifs pour la Vente Directe. Les prix indiqués sont une moyenne des prix pratiqués par chacun de ces producteurs. Cette liste est donc purement indicative et n’assure aucune garantie que l’on retrouve ces prix-là sur les lieux de vente des membres.

(4) Pour en savoir plus sur le réseau Cocagne, lire Dans un jardin de Cocagne, entretien avec Jean-Guy Henckel (éd. Rue de l’Echiquier, 2009), ou consulter son site internet.

(5) Uniterre a été fondé en 1951 sous le nom de « Union des producteurs suisses (UPS) » et a adopté son nom actuel en 2001. Représentant l’équivalent de notre Confédération Paysanne française, ce syndicat agricole suisse défend, entre autres, le concept d’agriculture contractuelle de proximité.

(6) Les membres de la Fédération romande de l’agriculture contractuelle de proximité (FRACP) et de la Verband regionale Vertragslandwirtschaft (RVL) ont des objectifs communs et respectent tous deux une charte. Voir la traduction du site de la RVL.

(7) https://www.24heures.ch/suisse/souverainete-alimentaire-cur-votation/story/20077899 et https://www.24heures.ch/suisse/initiative-souverainete-alimentaire-rejetee/story/27606094

 

Ta d loi du cine, membre de l’AMAP Réunion / Père Lachaise depuis 2010, présent sur la blogosphère depuis 2007.

Connaissant donc un peu le monde des blogs par ailleurs (et son fonctionnement en « réciprocité »), je vous demande de ne pas hésiter à « poster un commentaire » (si possible) en remerciement sous une recette ou un article qui vous a intéressé, sans oublier de mentionner le lien vers notre propre blog (éventuellement le lien de cet article-ci).

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